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Publié : 8 janvier 2016

Découverte du patrimoine local avec les 3e Ppro

Une descente dans le Kahl Burg

Mais qu’est ce que c’est que ce truc, ce machin dont nous parle le prof d’histoire-géo, le Kahl Burg ? Il nous a expliqué que c’est juste là, à côté, à 500 mètres de notre lycée Hurle-Vent, au Tréport...
Et voilà, ce matin nous y sommes. Dans le cadre de ses cours d’histoire, il y a emmené notre classe de 3PP.
Enfin, quand on dit « Nous y sommes », on n’en sait trop rien. Nous nous tenons dans la petite rue en impasse du 8 mai 1945, toute proche de la falaise, devant une simple maison. Rien ne distingue cette rue ou ce lieu des autres... Si ce n’est une simple plaque bleue : Entrée du Kahl Burg surmontant un portail.
Alors notre prof nous explique que nous allons constater par nous mêmes quelles furent les implications du régime totalitaire nazi au Tréport et dans la région pendant la seconde guerre mondiale.
Accompagnés de Monsieur Creton, notre guide, nous franchissons le portail et basculons dans l’Histoire. Deux énormes moteurs d’avions militaires nous accueillent. Nous traversons une courte galerie d’exposition où nous voyons divers objets datant de l’occupation allemande et entrons dans... des souterrains creusés dans la falaise.
Nous, quand on nous dit « souterrains », on pense à des vieux tunnels pourris, dangereux, pleins de boue et de toiles d’araignées... Des trucs de chasse au trésor avec pirates et squelettes à la clef. Mais là, surprise ! Le sol est bétonné, les galeries sont spacieuses, le plafond est haut. L’endroit est parfaitement salubre et on ne s’y sent pas à l’étroit. C’est majestueux et même presque beau avec ces voûtes qui évoquent celles du funiculaire. Aussi surprenant que beau... Enfin, rien à voir quand même avec une vision de roman d’aventure, d’île au trésor : c’est dans la toute sinistre réalité de la guerre que nous avançons. La preuve : dès les premiers mètres, c’est un poste de garde qui nous reçoit avec portes blindées et meurtrières. Puis s’ouvrent d’immenses galeries bien aérées. Quand nous arrivons au bout de l’une d’entre elles, à perte de vue, en voici une autre !
278 mètres de tunnels se déploient progressivement sous nos yeux éberlués... Et tout semble en parfait état, comme si ça avait été fini hier !
Le guide, bénévole passionné et intarissable de l’association Le Mur de la Manche, nous explique tout en détails : « Kahl Burg, traduit de l’Allemand, signifie Mont chauve. En effet, rien n’est visible de l’extérieur, pas une cheminée, rien. Rien qui dépasse et aurait pu être repéré par l’aviation anglaise. Vous voilà à l’intérieur d’un poste secret d’observation de la côte. »
Et pour être secret, c’est sûr que c’est secret ! Même aujourd’hui ! Nous qui passons à côté chaque jour, nous n’aurions jamais imaginé une telle construction sous nos pieds !
Les Allemands l’ont bâtie après la tragique Opération Jubilée du 19 août 1942 : tentative de débarquement ratée par les Anglo-Canadiens à Dieppe... Ils craignaient ici une nouvelle tentative pour libérer la France du joug du nazisme...
« Et tout ceci a été creusé dans la craie de la falaise et aménagé en seulement 18 mois, précise monsieur Creton. C’est vous dire quel travail inhumain ça a pu être... »
Inhumain.
Nous apprenons que cet édifice militaire a été réalisé par des déportées. De malheureuses ukrainiennes sont mortes ici. Elles étaient logées à Eu, dans ce qui est devenu l’Hôtel des Impôts. Debout à 4 heures ! Venues à pied jusqu’ici, encadrées de soldats allemands. « Ce sont elles qui ont posé toutes les briques. » Elles travaillaient jusqu’à 22 heures puis repartaient. « C’est vous dire si les nuits devaient être courtes ! » Nous qui avons vu en cours ce qu’étaient les camps de travail organisés par les nazis, avec un peu d’imagination, en fermant les yeux, nous pourrions presque avoir une petite idée de la douleur de ces femmes, captive de chacune de ces milliers de briques tapissant ces vastes corridors...
Nous visitons d’abord la partie militaire avec ses salles, ses bureaux... Puis nous partageons un peu du quotidien des soldats avec la partie casernement : nous découvrons ce que pouvaient être leurs lits, cantine, dortoirs, réserve d’eau, pompe à air pour parer aux attaques de gaz... Même leurs pissotières sont là.
Enfin, notre professeur a voulu intituler cet article Une descente dans le Kahl Burg mais on voit pas trop pourquoi... Même si nous marchons à l’intérieur de la falaise, qu’est ce qu’on a pu monter pour arriver jusqu’aux postes d’observation de la côte tréportaise ! Jusqu’à une vue panoramique en milieu de falaise, dans une salle contenant un énorme canon de la guerre de 14-18 amené là par les soldats allemands eux-mêmes pour défendre cette côte. 225 marches sur 4 étages ! Avec des escaliers parfois plus raides que raides ! Valait mieux être en chaussures de sport comme nous l’avait demandé notre prof !
Quand nous ressortons, nous éprouvons de curieux sentiments contradictoires... Effectivement, la joie d’avoir visité un truc incroyable. Et d’avoir pu vérifier par nous mêmes la portée de nos cours d’histoire. Mais aussi, nous revenons à l’air... libre. Heureux de vivre à notre époque, loin de cette horreur de seconde guerre mondiale où tout le génie humain consistait à repérer l’ennemi et s’en cacher pour mieux pouvoir l’anéantir.
Nous qui n’avons pas connu cette guerre et l’Occupation, comme ce fut le cas de nos grands parents, pourrons nous aussi l’évoquer à travers nos cours et cette visite.
Nous, qui sommes libres comme l’air.

Les élèves de la classe de 3PP du lycée Le Hurle-Vent au Tréport.

Voir en ligne : le Kahl Burg

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