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Publié : 21 janvier 2016

les 3e ppro et les compagnons du devoir

à la découverte des chefs-d’oeuvre

Droit dans les yeux

Il est grand et nous parle, lui aussi, avec une grande gentillesse... de nous... « Je n’aimais pas l’école. Non, vraiment pas. »
Eh ben voilà ! Enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle, un vieux qui nous comprend ! Avec une introduction comme celle-là, on est sur la même longueur d’onde et prêt à écouter !
« Moi, ce qui m’intéressait c’était de travailler de mes mains. Alors mon père m’a orienté vers les Compagnons du devoir. Grâce à eux j’ai fait le tour de France et presque le tour du monde.
- !!!???
- Un groupe de Compagnons du Devoir se trouvait dans ma ville. J’y suis allé et ça m’a tout de suite plu. J’y ai passé mon CAP et mon Bac Pro car les diplômes délivrés par les Compagnons du Devoir sont reconnus par l’Éducation Nationale. »
Mais voilà qu’il nous reparle de l’école ! On se disait bien aussi que dans le cadre d’une sortie pour toute notre classe de 3PP, organisée par Monsieur Goyer, notre prof principal au lycée Hurle-Vent du Tréport, on allait y avoir droit... Et toc, Émile, en plein dans le mille ! Alors, les Compagnons du devoir, c’est une école ou c’est pas une école ?
« Non, ce n’est pas une école mais divers lieux de formation et d’apprentissage des métiers manuels. Où on vous apprend l’excellence quant au métier que vous avez choisi. Toute la journée vous êtes avec un professionnel qui vous enseigne toutes les techniques, toutes les ficelles de son métier.
- Comme quand on est en stage, alors ?
- Non, car vous êtes dans l’entreprise d’un Compagnon pour une ou plusieurs années. C’est une relation privilégiée que vous avez avec lui. Et vous ne rentrez pas chez vous le soir comme quand vous êtes à l’école où à 17 heures maximum, basta, c’est terminé ! Je rentre chez moi et vite je cours jouer sur ma console !
- ???
- Oui, vous ne rentrez pas chez vous car vous vous perfectionnez quant à votre métier dans plusieurs villes de France auprès de plusieurs maîtres d’apprentissage.
- ???
- Oui, le soir, vous êtes logés à la Mère. C’est le nom que nous donnons à la maison, au centre que possède l’association des Compagnons du devoir dans plusieurs villes de France ou, à l’étranger.
- C’est une secte, votre truc ! Genre Franc Maçonnerie, non ?
- Absolument pas ! Vous êtes libres de vos mouvements et de nous quitter quand vous le voulez ! Quant à la Franc Maçonnerie, on préfère vraiment s’en tenir éloigné. L’origine des Compagnons du Devoir remonte au moyen âge. Un apprenti avait un maître qu’il gardait durant tout son enseignement. Mais avec la construction des cathédrales, la demande en main d’œuvre spécialisée a explosé. Aussi les maîtres devaient-ils se rendre sur plusieurs chantiers de France et même d’Europe. A partir de ce moment là, les apprentis ont dû eux aussi se déplacer et avoir plusieurs maîtres pour acquérir leur spécialisation.
- ???
- Pourquoi aujourd’hui encore partir dans d’autres régions ? Parce qu’ainsi vous apprenez votre métier grâce à divers professionnels et leurs conseils particuliers, avec plusieurs techniques. Ils ont chacun leur expérience et leur tour de main, leur savoir faire qu’ils vous transmettent. Ainsi, vous devenez un spécialiste de ce métier, un professionnel chevronné. Et voyager, ça vous permet d’ouvrir votre horizon, de rencontrer plein de gens formidables qui ont l’amour de leur métier et qui veulent faire profiter à des jeunes comme vous de leur habileté technique.
- Et on n’a jamais cours, alors ?
- La journée vous êtes en atelier et le soir, BENEVOLEMENT, votre tuteur vient enseigner au groupe de futurs Compagnons du Devoir les points qui n’auraient pas été bien compris. Les techniques, calculs qui ne seraient pas encore bien acquis ou réalisés.
- Ouah, la vache ! C’est drôlement bien ce truc !
– Oui, c’est drôlement bien. Moi, j’ai appris la ferronnerie avec les Compagnons du Devoir et aujourd’hui, j’en suis un à mon tour. J’ai fait mon apprentissage dans trois villes de France et suis parti à l’étranger, toujours pour rencontrer de nouveaux gens formidables, éprouver ma tolérance face à des idées nouvelles et aux autres ; pour affermir ma culture professionnelle et ma culture tout court. Australie, États Unis, Canada... Pays où les Compagnons possèdent des foyers.
On entend toujours dire que les jeunes sont pas bien, qu’ils sont paresseux. Mais c’est faux !
- Ah, oui, alors ! Ça c’est bien vrai que c’est faux !
- J’étais un de ces jeunes qui fichait rien à l’école. Mais quand j’ai rencontré les Compagnons du Devoir qui m’ont vraiment parlé d’un boulot avec mes dix doigts, qui m’ont permis de le découvrir, choisir, l’apprendre et m’y perfectionner, ça a bouleversé ma vie. Ça l’a orienté pour toujours vers le droit chemin. J’avais enfin un projet, un but ! Je savais ce que je voulais faire de moi professionnellement et c’est les Compagnons qui m’en ont donné les moyens, la possibilité et le savoir faire. Je savais que je voulais travailler le métal. Et je suis devenu ferronnier. Parti de rien, à l’issue de mon apprentissage j’ai pu fonder mon entreprise. Et les entreprises des Compagnons tournent bien en principe. Car leur réputation professionnelle n’est plus à faire.
Parmi vous, quelqu’un sait-il ce qu’il veut faire plus tard ? Comme vous êtes en 3PP orientée cuisine, vous voulez vraiment tous devenir cuisiniers ?
- Non, moi j’aimerais être ébéniste, répond Samuel.
- Super, Samuel ! Tu sais ce que tu veux faire plus tard. Et ébéniste c’est vraiment un des métiers enseignés par les Compagnons du Devoir. Tu serais prêt à nous rejoindre ?
- Il faut encore que j’y réfléchisse...
- ???
- Oui, ce lampadaire stylisé, c’est un de mes travaux. Comme vous le voyez, dans cette exposition se trouvent plusieurs objets ou maquettes réalisés par des Compagnons. En fait, pour obtenir les diplômes, chaque jeune doit confectionner un objet en relation avec son métier. Vous voyez qu’ils sont très beaux car l’apprenti doit faire la démonstration de toutes les techniques qu’il a acquises, les déployer dans une œuvre prouvant qu’il peut passer maître dans sa profession. Son œuvre valide son savoir faire.
Et c’est vrai qu’elles sont magnifiques ces réalisations témoignant des divers métiers offerts par les Compagnons du Devoir : ferronnerie donc, mais il y a là aussi une magnifique table d’ébéniste, une impressionnante maquette de Mère, un escalier en colimaçon à double spirale produite par un menuisier, de la plomberie avec des robinets magnifiques, une sculpture sur marbre, des pierres taillées... On peut encore y devenir cuisinier mais aussi y apprendre tous les métiers du bâtiment...
- Pour les garçons, OK. Mais y a pas de filles ? demande une fille.
- Si, par souci d’égalité, les filles peuvent bien sûr entrer chez les Compagnons. Cette ouverture est plus récente mais s’offrent à elles de nombreux métiers « mixtes » : la maroquinerie, la sellerie, les métiers de la mode...
- Ouais, hé, ça a l’air fastoche de devenir un de ces géniaux professionnels, avec eux ! C’est facile d’entrer dans les Compagnons du Dev’ ? Comment on fait ? »
Alors il se retourne vers nous.
« Pour entrer dans les Compagnons du Devoir il suffit de frapper à la porte et on vous ouvre. Vous avez un entretien où on vous soupèse.
–  ??? !!! »
Et il nous regarde droit dans les yeux. Nous, on est là, face à lui et lui vraiment, mais alors carrément, face à nous...
« La seule chose qui vous est demandée, c’est la motivation. Sans motivation pour un métier on n’a pas beaucoup d’avenir. Sans motivation on ne peut rien faire. On évalue donc votre motivation durant un entretien. Si elle est faible, vous repartez. S vous en avez réellement, si vous avez la gnaque, comme vous dîtes, alors vous êtes accueilli à bras ouverts. Si on sent que vous possédez ce feu intérieur, qu’il est suffisamment vif, si la motivation est bien présente alors les Compagnons du Devoir s’engagent eux aussi à vous former et faire de vous un vrai professionnel, un spécialiste reconnu de votre métier. »
Et là, sans rien se dire on s’est tous regardé. On a tous clairement saisi le message. Oui, il a raison ce monsieur. Sans motivation, on ne fait rien.